Psychologue à Montpellier

Psychothérapie

Consultation Adolescents

Chaque âge de la vie est soumis à des spécificités. Le fonctionnement psychique n'y déroge pas. Le développement est un long processus de séparation-individuation qui ne cesse jamais. Ce processus se poursuit tranquillement lors de la phase de latence jusqu’à son éclat lors de la puberté.

L’adolescence vient du latin croître, pousser… C’est une période de passage entre l’enfance (régie par l'illusion de l'omnipotence et la protection familiale) et l’âge adulte, caractérisé par l'hégémonie du principe de réalité. C’est une phase de transition entre la dépendance de l’enfant face à l'adulte à une position plus autonome, plus libre... Le sujet va prendre soin de lui-même et va se séparer de ses parents afin de devenir lui-même, un sujet distinct. L’adolescence est un processus qui consiste à s’autonomiser, à prendre ses distances avec son entourage familial et à construire sa propre identité, en particulier sexuée. Il s’agit d’une véritable mutation car il s’agit de faire disparaître l’enfant c’est à dire de quitter l’enfance afin de se diriger vers l'univers des adultes.

 

1. L’adolescence est une période de grandes transformations :

 

L’adolescence se traduit par diverses métamorphoses tant au niveau physique que psychique, affectives et sociales.

• Au niveau physique :

L’apparition des premiers signes pubertaires marque le début de l’adolescence dont le plus visible est l’augmentation de la croissance... Elle couvre une période au cours de laquelle le rythme de croissance s’accélère, où apparaissent les caractères sexuels secondaires (barbe, pilosité pubienne, mue de la voix...), les premières règles chez la femme, l’érection du pénis suivie de l’éjaculation chez l’homme.

L’adolescent est désormais confronté à un corps sexué capable d’assurer la reproduction.

Adolescence et puberté ne sont pas similaires. En effet, la puberté a une durée déterminée dans le temps alors que l’adolescence s’inscrit dans une période plus variable et peut durer très longtemps, notamment aujourd’hui car elle est marquée du sceau culturel et de son époque. Son avènement peut s'inscrire à des âges différents et s’étendre sur une période plus ou moins longue selon les individus mais l’ordre des événements est semblable pour tous.

Toutes ces transformations physiques qui sont à la fois anatomiques, biologiques et hormonales font émerger des pulsions et des émotions nouvelles. Ces divers changements soudains et déroutants font apparaître des questionnements sur le plan identitaire : « qui suis-je, », « suis-je normal ? ». 

Dans ce contexte, l’adolescent redéfinit ses relations avec son entourage et ses parents. La sexualisation de son corps lui impose de se distancer de sa famille et notamment de ses parents en les dé-idéalisant.... 

Le passage à l'adolescence est une phase très angoissante :

L'adolescent subit ces changements dans une grande spontanéité voir brutalité parfois dans l'incompréhension. Il peut avoir le sentiment que son corps se transforme trop vite , inscrit par une perte de maîtrise corporelle et psychique. Rien n’est plus comme avant mais il ne sait pas vers quoi il va. Il lui semble avoir perdu ses défenses, ses moyens de communication sans avoir pu en inventer de nouveaux. Des désirs inédits émergent et peuvent le déborder voir entrer en contradiction. Il cherche le contrôle tout en ayant besoin de liberté.Il désire être protégé par son entourage mais paradoxalement quand celui-ci lui est attentif, il se sent coincé et peut réagir par de l'agressivité, de la distanciation... Il a le sentiment d’être perçu encore comme un enfant ou/et d’être expédié trop vite vers la vie adulte. Il veut et même cela lui parait vital quitter son foyer familial. Il cherche une vie différente de ses parents tout en n’ayant aucune idée vers laquelle aller. Néanmoins, l’adolescence est aussi une phase pleine de vie et de promesses où le sujet dispose d'une énergie considérable même si les problèmes et la souffrance sont conjointes.

Face à ses désirs conflictuels, il tente, avec plus ou moins de difficultés, de trouver un équilibre. Les parents sont confrontés à ce processus et doivent eux aussi s'y adapter.

L'adolescence est donc une période laborieuse et douloureuse mais aussi enclin à des joies intenses. Un des pièges de cette période est la fuite à l’extérieur de soi par des passages à l'acte diverses (fugues, tentatives de suicide...) ou à l’intérieur (par des décompensations psychotiques, des hallucinations...).

 

Le Complexe du homard (Dolto) :

« Pour bien comprendre ce qu'est le dénuement, la faiblesse de l'adolescence, empruntons l'image des homards et des langoustes qui perdent leur coquille : ils se cachent sous les rochers à ce moment là, le temps de sécréter leur nouvelle coquille pour acquérir des défenses. Les blessures infligées à cette chair fragile pourront laisser des cicatrices que le temps n'effacera pas. De plus dans les parages d'un homard, il y a presque toujours un congre qui guette, prêt à le dévorer.

Le congre peut être cet ennemi intérieur qui nous menace et qui oblitère le chemin de nos possibles. »

En effet, l’adolescent comme le homard va changer de carapace. Dépourvu de celle-ci, il est sans défense le temps d’en restaurer une nouvelle. Il est aussi un temps désorienté dans ses moyens de communications habituelles. Cette situation précaire et éphémère le rend vulnérable et le soumet plus facilement aux dangers. Dès lors il est une proie facile pour ses pairs, pour des adultes dangereux...

 

2. Les spécificités psychiques de l'adolescence

 

* L’adolescence se spécifie par un malaise lié à un corps étranger soumis désormais à la sexualité :

Le corps de l'adolescent subit un énorme changement. Celui-ci se réalise dans un sentiment d'impuissance et de contrainte. Désormais, l'adolescent se vit l'otage d'un corps étranger, encombrant qui est différent de l'image qu'il en a. Dans ces conditions, ce nouveau corps est alors source d'angoisses conséquentes souvent imperceptibles par l'entourage. Ainsi, le sujet élabore diverses tentatives de contrôle comme dissimuler son corps dans des vêtements larges, unisexes...

 

* Le corps de l’adolescent affiche la maturation sexuelle :

Durant l'enfance, le sujet se développe et grandit progressivement mais à l'adolescence, les changements sont brutaux et visibles par les pairs. Le corps pubère exhibe la maturation sexuelle par l'apparition des premiers poils, le gonflement annonciateur des seins, les dissonances de la voix... 

Dans ce contexte, l'adolescent cherche l'intimité de ce nouveau corps associé à des sentiments de honte, de gêne, de pudeur...En effet, cette transformation si soudaine implique une étrangeté de ce corps qu'il ne reconnaît plus et est vécue dans la honte. De ce fait, il cherche l'approbation des autres et notamment de ses pairs qui deviennent comme un miroir rassurant ou excluant. Il est dans un mode de comparaison où l'image prend une place essentielle. S’il a l’impression que cette image n’est pas favorable pour le groupe, pour lui-même alors il peut ressentir une forte souffrance et se replier sur lui- même.

 

* La maturation sexuelle implique des pulsions omniprésentes et source d'angoisse

Cette nouvelle donne physiologique réveille des pulsions et des désirs. Désormais, la sexualité est physiquement possible. Pourtant, cette inconnue est vécue dans une grande peur. Il vit des émotions très fortes et fugaces alternant avec des moments d'exaltation accompagnés de phases de grande souffrance. Ses sentiments et ses comportements subissent ces contradictions. Il en résulte divers comportements d’opposition et des conflits avec la famille et par extension avec l’environnement. Le processus de séparation-individuation poursuit son cheminement. Par exemple, l'adolescent est tendre et soudainement il exprime un refus apparemment absurde ou une attitude de repli... 

Ce paradoxe entre désirs et angoisse libère une forte tension interne expliquant l'émotivité constante de l'adolescent.

 

* La problématique de l'image de l'adolescent :

-Une image du corps divisé:

La puberté inscrit un écart entre un extérieur corporel subi et étranger et un intérieur intime c'est à dire un soi distinct du corps et personnel. Le sujet se sent alors divisé face à l'unité infantile qu'il a désormais perdu. En effet, l'enfant construit son image interne par la rencontre à l'autre (à travers le regard des autres, le miroir, les photos...) qui est en correspondance avec ses transformations physiques. 

Or, lors de l'adolescence, celles-ci s’accélèrent et le sujet n'a pas les capacités psychiques de les assimiler aussi rapidement. Ainsi, il se crée un décalage entre le corps réel et celui imaginaire c'est à dire que son image de soi n'est plus conforme avec la réalité. Ce phénomène est source d'angoisse se manifestant par un souci du physique important, de l'agressivité, un sentiment de solitude... L'angoisse devenant ingérable et insupportable, le sujet a besoin de la libérer et peut la décharger par l'action c'est à dire par des passages à l'acte (telle que des fugues, de la délinquance...) ou alors il peut s'en défendre par de la régression. Face à ces maux, la famille est parfois dans l'incompréhension alors que la raison en est souvent simple car elle est liée à ces changements corporels.

 

- l'assujettissement au miroir :

L’adolescent se perçoit soit à travers le miroir qui renvoie un reflet inerte, soit à travers une image renvoyée par le regard des autres. Ayant perdu ses défenses infantiles et ne sachant plus qui il est, il se défend par le paraître. Un vide intérieur le traverse et il tente de compenser par l'apparence, par son look lui servant de carapace provisoire. En effet sa perdition identitaire l'incite à trouver un modèle comme image. Il est en quête d'une image idéale dans l'autre. Ainsi, il peut s’identifier à des stars, des chanteurs, à ses pairs... Il élabore une image idéale de soi fondée sur les critères culturels du groupe via ses modes, sa morale, ses valeurs... Cette recherche de conformité à l'autre est un moyen de se sécuriser. Pour mieux gérer son incertitude identitaire, certains adolescents veulent l'approbation et par conséquent le soutien de son groupe de pairs car à l’intérieur, il se sent moins seul et avoir une place. Les adultes peuvent s'offusquer de ce conformisme adolescent mais il s'agit d'un passage rassurant.

> L’amitié chez l'adolescent

Du fait de la nécessité de distanciation avec sa famille, l'amitié prend une place particulièrement importante. Son manque d'assurance l'invite à rechercher un miroir vivant pour se rassurer. Ainsi, il a besoin d'un autre, voir d'un double (à qui il s'identifie) pour se sentir protégé, sécurisé, plus fort, d'un confident pour partager ses problématiques... Durant son enfance, il était pris dans un sentiment de fusion avec ses parents qui lui procurait une illusoire sensation d'omnipotence. L'adolescent souhaite les retrouver via un autre moins excitant que ses proches familiaux. Ce qui explique que souvent il pense que l’amitié soit la chose plus importante.

> le groupe de pairs : "la bande"

   Elle joue un rôle important voir "vital" lors de la puberté. Pris dans la tension qu' implique ses désirs, le jeune ne peut pas se reconnaître dans la figure paternelle et maternelle. C'est pour cette raison qu'il s'identifie au groupe et veut être similaire. Alors il se soucie beaucoup de l’image qu'il renvoie à la bande. La crainte du rejet le traverse constamment ce qui l'induit à davantage de conformité. Les pairs peuvent sécuriser le sujet mais peuvent aussi favoriser la régression car ils sont également soumis au mêmes peurs. La consommation de haschich est un exemple de régression. Elle met en veille voir éteint, de façon illusoire, les conflits et désirs par une forme de béatitude léthargique du sujet.

Pourquoi la "bande" est-elle si essentielle?

Cette enveloppe amicale vient remplacer la sécurité auparavant offerte par les parents. En effet, elle vient contenir le sujet comme la mère avec son petit et instaurer une loi du groupe comme le père édifiait l'autorité. Néanmoins, c'est une transition vers le passage adulte. Tel l'enfant qui quitte le noyau familial pour grandir, s'assumer..., l'adolescent fera le même chemin avec son groupe d'amis.

> Les limites chez l'adolescent :

Du fait de sa transformation corporelle, de la séparation avec les figures parentales, de son opposition quotidienne avec eux, il a besoin de retrouver des limites structurantes.. L'autorité, à la base une enveloppe sécurisante, est désormais perçue avec une certaine ambivalence. Quand celle-ci est présente, elle est ressentie comme absurde, excessive. L'adolescent peut se sentir captif et cherche à la transgresser. Paradoxalement, si l'autorité est absente , alors il peut se sentir délaissé, abandonné. Pour s'assurer que ses proches s’intéresse à lui,il peut en venir à créer des situations de colère ou de violence ou dramatiser l’autorité parentale (par exemple, devant une bêtise, il se dit « mon père va me tuer ! »).

Les divers changements pubertaires lui ont fait perdre ses repères identitaires. Dans ce contexte, la provocation est un moyen de se valoriser, d'être regardé et de se sentir exister. A l'extrême, il peut aussi maltraiter son image en s'enlaidissant. Ne parvenant pas accepter sa nouvelle image, il maîtrise la situation et se protège de ses désirs. Ainsi, il ne risque pas de plaire et d'être trop regardé.L'abus de ce comportement provocateur peut donner une fausse image du jeune.

Les attitudes provocantes sont, consciemment ou/et inconsciemment, une manière de tenter de faire réagir les parents. En effet, le jeune recherche des limites afin de recréer leur enveloppe physique et psychique ébranlée par la puberté.

 

* L'évolution de la pensée et du jugement :

L'adolescence est une phase où la pensée s'élabore davantage et s'inscrit dans un mouvement critique où s'instaure des valeurs fortes. Les transformations physiques et psychiques le poussent à s'interroger sur lui et sur le monde. Des questions identitaires surgissent : il se demande qui il est, s’il est normal en se comparant constamment. Des questions existentielles et métaphysiques le traversent en cherchant du sens sur la vie et sur lui-même.

Du fait de l'avancée de son esprit critique et de la sexualisation des liens, l'adolescent doit prendre ses distances avec son entourage proche. Dans ce contexte, la société, le monde adulte et notamment ses parents sont dé-idéalisés, parfois provoquant des déceptions et des rebellions enflammées. Il a désormais honte de sa famille ne correspondant pas à ses valeurs ni à celles mises en avant par les copains.

La dé-idéalisation et la désillusion caractérisent un versant de l'adolescence. L’enfant vivait dans l'illusion d'une vie sécurisante et sereine mais lors de son entrée dans l’adolescence, il est confronté à une forte déception. En effet, il s’aperçoit que le monde adulte est bercé de compromis, de trahisons dans leur promesses, dans la confiance à l'autre . La société est vécue comme une supercherie. le couple parental est remis en question... Afin de retrouver un équilibre apaisant, l’adolescent cherche des repères ailleurs que dans sa famille.

 

* L’adolescence : phase de Deuil et de dépression

L’adolescence doit renoncer à l’ambiguïté sexuelle de l’enfance avec tous les bénéfices de cet âge : irresponsabilité, jeu, activités infantiles, idéalisation des parents. Ce renoncement implique un vide identitaire pouvant induire une régression narcissique à la période d’omnipotence.

Ce deuil nécessaire peut impliquer une dépressivité, une morosité de l’adolescent. Par exemple, il passe ses journées à traîner sur le canapé en regardant la télévision... ; il est soumis à des mouvements de régression et de progression.

 

* L’adolescence : phase de resurgissement des désirs œdipiens

Cette crise est aussi liée aux remaniements latents c'est-à-dire à la réactivation de la problématique Œdipienne. En effet, la dimension sexuelle désormais possible réactive les fantasmes œdipiens qui sont désormais possibles dans le réel. Cette peur explique alors la nécessité pour l'adolescent de se distancer de ses parents. Elle peut se manifester par un refus de les embrasser, d’avoir un contact physique avec eux... car ces situations pourraient faire émerger de façon ingérable ses désirs d’amour et de haine vis à vis d’eux.